Duels parfumés - les makis catta
animaux sauvages

Duels parfumés – les makis catta

Maki catta en état d’alerte. Si le danger se présente sous forme d’un mâle rival, un “combat d’odeurs” pourrait s’ensuivre.

Les Makis catta comptent parmi les prosimiens les plus sociables. Ces animaux diurnes vivent en groupes de 5 à 30 membres et, du fait de leur mode de vie, ils ont développé un large éventail de signaux pour communiquer entre eux. Les plus personnels de ces signaux sont les substances chimiques qui font appel au sens de l’odorat. Comme les autres prosimiens, les makis catta ont des glandes odoriférantes qui leur permettent de laisser leur signature tout autour de leur habitat. Mais, ce marquage leur permet aussi, combiné aux mouvements de leur queue, d’intimider leurs rivaux lors de “duels parfumés”.

Un mâle maki catta dépose des odeurs avec les glandes odoriférantes de ses aisselles et poignets

“Voir” avec son nez

Comme la plupart des prosimiens, les makis catta intensifient considérablement leurs dépôts de marques odorantes durant la saison des amours. Les femelles déposent ces marques pour attirer les mâles et entrer en compétition avec les autres femelles. Les mâles, eux, le font plutôt pour intimider et dérouter leurs rivaux. Lorsqu’un mâle trouve une marque appartenant à une femelle, il dépose sa propre empreinte dessus, masquant celle de la femelle et empêchant les autres mâles d’apprendre qu’une femelle est prête à s’accoupler. Les femelles font d’ailleurs la même chose, en particulier sur les empreintes laissées par leurs rivales d’un rang inférieur, afin de détourner l’attention des mâles sur elles-mêmes.

 

Les signaux visuels

Les makis catta doublent leurs signaux odorants par des signaux visuels, gagnant ainsi en efficacité. Ils emploient souvent leur queue rayée noir et blanc comme un signe d’agressivité. Ainsi, lorsqu’un nouveau mâle tente de s’intégrer à un groupe, les mâles dressent leur queue et la font onduler au-dessus de leur tête pour signaler le danger.

A l’apogée d’un “duel parfumé”, les mâles déposent des odeurs sur un arbre et présentent à leurs rivaux leur queue imprégnée de ces effluves.

Une manifestation odorante

Lors de cette manifestation hautement ritualisée qu’est le “duel parfumé” pour un territoire, les mâles combinent les signaux odorants et visuels : ils frottent les glandes odoriférantes de leurs poignets sur celles de leurs aisselles, puis passent leur queue sur l’ergot situé au-dessus de la glande des poignets, de manière que celui-ci balaie toute la fourrure et l’imprègne des odeurs ainsi collectées. Ils dressent alors la queue bien droite et l’agitent en direction de leurs rivaux. Simultanément, ils frottent leurs glandes odoriférantes génitales sur des branches basses. L’issue de ces combats est généralement la retraite de l’un ou l’autre des protagonistes.

Bien que les mâles se lancent dans de tels combats avec beaucoup de véhémence et de vigueur, ceux-ci donnent rarement lieu à un engagement physique, mais reposent plutôt sur l’intimidation. C’est mieux ainsi, car les makis catta mâles sont plutôt mal équipés pour le genre de combats armés que se livrent la plupart des primates mâles. Ils sont assez petits, souvent plus que les femelles, et ne possèdent pas ces grandes canines que les mâles des autres espèces utilisent pour infliger des blessures à leurs rivaux.

De plus, dans les sévères conditions environnementales qui sont les leurs, un réel combat physique leur ferait gaspiller une énergie précieuse. Le “duel parfumé” semble offrir un compromis acceptable.

Aux émissions d’odeurs, les makis catta ajoutent des vocalisations pour communiquer entre eux. Ils appellent pour prévenir leurs congénères d’un danger ou pour tenir leurs rivaux à distance.

Prévenir les autres

Les marques odorantes ne servent pas uniquement aux jeux de l’amour, mais aussi à éviter les dangers. Les galagos, par exemple, déposent leurs empreintes odorantes avec frénésie lorsqu’ils détectent un prédateur dans les environs. Ils préviennent ainsi les autres galagos qui se regroupent pour l’assaillir et le mettre en fuite. Les lémurs bruns font de même lorsqu’ils repèrent un éventuel attaquant, dressant et agitant leur queue pour paraître plus intimidants. Lorsqu’ils ont affaire à un prédateur très dangereux, ils peuvent unir leurs forces pour l’affronter.

Les angwantibos (l’une des espèces africaines de loris) comptent, eux, sur la dissimulation. Lorsqu’ils ont repéré un danger, ils marquent des odeurs le plus discrètement possible afin de prévenir leurs congénères sans attirer l’attention du prédateur. Lorsqu’une mère est en alerte, elle émet une odeur qui fige immédiatement sa progéniture, ce qui réduit les risques que celle-ci soit aperçue. Cette même odeur incite les petits à grimper sur leur mère afin qu’elle les transporte silencieusement loin du danger.

 

Défendre son territoire

De nombreux prosimiens défendent leur territoire en le délimitant par des empreintes odorantes. Les animaux entrant dans cet espace bien délimité savent qu’il est occupé et qu’ils devront se battre s’ils tombent sur le propriétaire. C’est ainsi que les femelles galagos, par exemple, procèdent entre elles, et les mâles font de même pour avertir les autres mâles que les femelles de ce territoire leur sont réservées.

Les femelles sifakas (prononcer “shifark”) défendent leur territoire en marquant les arbres avec leurs glandes odoriférantes, génitales et anales. Les mâles font de même, particulièrement durant la saison des amours, mais avec une glande située sur la gorge. De la sorte, les combats sont rares, la détection des odeurs suffisant généralement à dissuader les intrus. Les makis catta sont d’ailleurs plus intéressés par les odeurs étrangères que par celles des membres de leur groupe et les mâles, en particulier, passent de longs moments à renifler les odeurs d’animaux qu’ils ne reconnaissent pas.

 

Le lépimur est appelé “lémur sportif” en anglais du fait de l’intensité avec laquelle il défend son territoire : les mâles se battent tout en poussant des sortes de croassements.

Les phéromones

Le comportement de tous les primates, y compris les humains, est fortement influencé par les hormones. Ces substances chimiques, produites par certains organes et répandues dans le corps par le flux sanguin, ont tout un éventail d’effets différents. L’adrénaline, par exemple, issue des glandes surrénales, est produite en réponse à une sensation de danger et prépare le corps à une action soudaine : fuir ou combattre.

De nombreux animaux produisent aussi des substances appelées phéromones, semblables aux hormones par leur composition et leurs effets, mais différentes de deux manières : elles ne sont pas répandues dans le système sanguin, mais dans l’environnement de l’animal, et elles affectent plus le comportement des animaux qui les sentent que celui de ceux qui les produisent.

Les phéromones sont souvent utilisées pour attirer les partenaires sexuels. Lorsqu’un animal décèle une phéromone dans l’air, il sait qu’il y a dans le voisinage un partenaire potentiel et il se met à sa recherche. Les prosimiens nocturnes, qui comptent essentiellement sur leur odorat, trouvent fréquemment leurs partenaires de cette manière. Un certain nombre de singes sud-américains semble également produire des phéromones et l’on pense que les humains pourraient faire de même avec leur transpiration qui contiendrait de telles substances agissant à un niveau inconscient pour attirer un partenaire. De façon plus inhabituelle, l’urine des lémurs mâles contient des phéromones qui n’attirent pas leurs partenaires, mais repoussent les autres mâles et les rendent stériles.

 

 

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