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Les femelles dominantes

Une brève saison des amours est un trait commun aux lémuriens de Madagascar ; celle des sifakas, par exemple, ne dure, au mieux que 42 heures. Ce n’est pas sans raison : la saison durant laquelle la nourriture abonde étant courte à Madagascar, l’éducation des nourrissons doit impérativement coïncider avec cette période faste. La saison des amours est donc calculée pour que les petits naissent au moment de l’abondance, quand les mères, bien nourries, peuvent produire assez de lait.

Comme les lémuriens femelles ont des difficultés à trouver assez de nourriture pour leurs petits, celles-ci sont à l’origine d’un caractère très inhabituel parmi les primates : chez la plupart des lémuriens, les femelles dominent en effet les mâles. Chez les singes et les grands singes, ce sont plutôt les mâles qui font la loi.

Une mère maki couronné et son petit. Nourrir leur progéniture demande beaucoup d’énergie aux mères, ce qui pourrait expliquer leur domination sur les mâles
Les femelles makis catta se réservent les meilleurs morceaux et peuvent même arracher la nourriture des mains d’un mâle. Si celui-ci montre des velléités de résistance, il risque fort de recevoir un coup sur le nez.

Le sifaka à diadème connaît un taux de mortalité très élevé : 67% des jeunes n’atteignent pas l’âge adulte.

 

Servies avant les autres

Lorsqu’elles se nourrissent, les femelles lémuriens se réservent les morceaux choisis et les mâles attendent leur tour. Fréquemment, les femelles makis catta prennent la place des mâles sur les bons sites, leur donnant des tapes sur le nez et leur retirant parfois la nourriture des mains. Cette tendance des femelles à exercer leur domination semble liée à leurs plus grands besoins énergétiques.

Procréer et élever ses petits affaiblit énormément tous les animaux, et plus encore les femelles mammifères. Ce sont elles qui portent et alimentent le fœtus, puis qui nourrissent et soignent les bébés jusqu’au sevrage. Ce n’est pas le cas, par exemple, chez les oiseaux qui coopèrent pour couver les œufs et nourrir les oisillons.

Pour les femelles lémuriens, d’autres fardeaux s’ajoutent encore à ceux-ci. Tout d’abord, les lémuriens ont un métabolisme très lent par rapport à leur taille. Durant la grossesse, le rythme de ce métabolisme doit encore s’accroître pour satisfaire aux besoins du fœtus, ce qui augmente d’autant leurs propres besoins en apports énergétiques. Ensuite, les fœtus des lémuriens se développent plus vite que ceux des autres prosimiens : si les nouveau-nés sont à peu près de la même taille que ceux des loris, leur durée de gestation a été deux fois plus court. Enfin, toutes les femelles d’un groupe de lémuriens accouchent simultanément, d’où une compétition accrue pour trouver de la nourriture. Or, la production de lait maternel, indispensable à la survie des petits, exige une augmentation de 50% des apports énergétiques des mères. Il en résulte qu’elles deviennent souvent très agressives durant l’allaitement, se battant, se pourchassant ou se mordant les unes les autres. Elles dépensent pour ces querelles une énergie précieuse, ce qui rend leur quête de nourriture encore plus difficile.

Si les femelles devaient entrer en compétition avec les mâles pour se nourrir comme elles le font entre elles, elles n’y parviendraient assurément pas. Ce n’est que parce qu’elles dominent les mâles qu’elles arrivent à se nourrir et à nourrir leurs petits. D’un strict point de vue reproductif, les mâles bénéficient de ce mode de vie : quand il s’agit de leur propre progéniture, ils y trouvent leur compte autant que leur femelle.

Résultat de leur mode de locomotion, les bras des sifakas sont très courts, ce qui les empêche de marcher à quatre pattes. A la place, ils sautillent rapidement sur leurs jambes puissantes.

Question de taille

Si les mâles sont plus grands que les femelles chez la majorité des primates, les mâles et les femelles lémuriens sont à peu près de la même taille, et cette égalité permet aux femelles de régenter leurs compagnons. Il arrive même que certaines femelles préfèrent s’accoupler avec des mâles plus petits, plus faciles à dominer.

Il peut d’ailleurs être dans l’intérêt des mâles eux-mêmes de ne pas être trop corpulents, la saison des amours étant, pour eux aussi, très difficile. Être plus petit nécessite moins de besoins énergétiques et leur vigueur leur permet sans doute de s’accoupler plus fréquemment. La compétition entre mâles makis catta est en effet très rude. Elle ne se traduit presque jamais par des combats, mais entraîne de longues courses et des bons spectaculaires dans les frondaisons. Une petite taille est alors un atout, car elle permet d’être plus rapide et plus agile, alors qu’une grande taille n’aide que dans les – rares – affrontements.

Les lémurs noirs mâles et femelles sont différents

De l’importance du “Look”

Les makis macaco de Madagascar (ou lémurs noirs) mâles et femelles ne se ressemblent pas. Si les mâles sont vraiment noirs, les femelles sont brun-rouge, avec une aigrette colorée sur la tête. Cette différence de couleur entre les sexes est connue sous le nom de dichromatisme. Il existe chez de nombreux lémuriens, mais les lémurs noirs sont ceux pour lesquels il est le plus marqué. De telles dissemblances paraissent liées à la reproduction et à la recherche d’une femelle en bonne santé.

La qualité de la fourrure des femelles dépend de la manière dont celle-ci est attaquée par les parasites : les femelles infestées par les parasites ont une fourrure moins colorée que celles qui le sont peu. Pour le mâle, la couleur est donc un indicateur de santé de la femelle. En s’associant avec la femelle la plus colorée, il choisit la partenaire la plus saine.

Chez les lémuriens, ce sont les femelles qui ont les couleurs  les plus éclatantes, alors que, chez la plupart des animaux, ce sont les mâles qui montrent par ces signes leur qualité de reproducteur. Nous connaissons mal les raisons de cette inversion, mais elle peut-être liée aux difficiles conditions climatiques régnant à Madagascar, qui rendent très lourdes les tâches que doivent accomplir les femelles lors de la reproduction. Avant de s’accoupler, les mâles cherchent don à s’assurer que la femelle est en bonne santé et pourra assumer la lourde charge d’élever les petits.

source : planète singe de robin dunbar et louise barrett

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